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L'essence de la voie vers l'éveil 3ieme partie


La Grande capacité

L'obtention du bonheur permanent pour soi par la pratique du petit véhicule, le Hinayana (petite et moyenne capacités) n'est pas négligeable.  Toutefois, le Nirvana ne constitue pas la finalité, but suprême de la Voie.  Bien que nous soyons libérés de toute emprise émotionnelle, une multitude infinie d'êtres sensibles nous entourent et nous apportent soutien, mais nous n'avons encore rien fait de concret pour leur venir en aide. 

Le pratiquant de grande capacité (ceux du grand véhicule, le Mahayana) cherche à se débarasser des voiles à la connaissance, afin de pouvoir venir en aide à tous ces êtres prisonniers du samsara.  Muni d'un esprit d'éveil enraciné dans un amour universel et une grande compassion pour l'infinité des êtres sensibles, le boddhisattva peut finalement atteindre le but le plus haut : le plein éveil, la bouddhéité, l'Illumination.

La bodhicitta

L'esprit d'éveil

Bodhicitta, littéralement : "Esprit d'Éveil" a souvent été traduit par "compassion",  il s'agit d'une traduction un peu réductrice. Compassion peut se traduire par "souffrir avec", pâtir d'une situation avec quelqu'un, ce qui peut être moralement.

En fait, l'esprit d'éveil va beaucoup plus loin. Au-delà du fait même de prendre conscience de la souffrance de l'autre, il implique un engagement personnel pour en chercher la résolution. Résolution qui peut n'être que temporaire en ce qui concerne un besoin immédiat, ou ultime lorsqu'on recherche la cessation complète de la souffrance.

L'aide temporaire est l'une de celles définies dans la perfection de la générosité. Elle va du soutien matériel à l'aide psychologique. Elle a son importance, bien qu'elle soit moins employée par l'assemblée des religieux qui pensent plus à la libération et à l'éveil des êtres qu'à panser leurs plaies. Ceux qui ne connaissent pas les causes réelles de la souffrance ne s'appliqueront qu'à apaiser les maux du corps et de l'ego.

En fait, l'aide temporaire peut très bien aller de pair avec une aide à plus long terme et s'allier à cette dernière. D'abord on calme la douleur, ensuite on soigne la cause. On pacifie l'esprit, puis on analyse la perturbation et on la reconnaît comme manifestation d'un attachement, d'une saisie,d'un résultat de l'ignorance. On évolue ensuite vers le non-attachement par un travail sur le non-soi et la vacuité.

L'esprit d'éveil se manifeste comme un élargissement de notre état de conscience, comme si le sommet de notre crâne s'ouvrait pour permettre à l'esprit d'entrer en contact avec tous les êtres.

Une fois cette connexion établie et que l'on a bien compris et ressenti la nécessité de venir en aide à un nombre incalculable d'êtres qui sont plongés dans la souffrance, on peut se rendre compte de nos limites, de nos difficultés à répondre à cette demande immense. On prend alors la décision de s'engager dans un chemin qui permet d'évoluer spirituellement, d'acquérir sagesse et méthode, de venir en aide là où il le faut, quand il le faut, et comme il le faut.

Par cette prise de conscience, une forme de vigilance particulière s'éveille dans notre esprit. Nous devenons alors réellement attentif aux autres. C'est une attention de tous les instants, qui nous permet de repérer les besoins des êtres et d'essayer d'y pallier. Et à chaque fois que cela semble impossible, s'éveille alors le souhait de tout mettre en oeuvre pour y arriver.

L'esprit d'éveil est une prise de conscience de la souffrance des autres, de notre capacité limitée d'y répondre, de l'engagement d'évoluer personnellement vers l'acquisition des moyens de porter les êtres vers la libération et l'éveil.

Pour nous permettre d'évoluer vers l'état de pratiquant et de détenteur de l'esprit d'éveil, ou bodhicitta, un certain nombre de voeux peuvent être pris, qui sont les voeux du boddhisatva.

On pourrait dire que lorsqu'on a une motivation juste, il est impardonnable de ne pas s'engager dans une action si on a les capacités de le faire. On peut ne pas agir par paresse, orgueil, jalousie, ou à cause d'autres sentiments du même genre. Nous devons tout mettre en oeuvre pour venir en aide aux autres, en fonction de nos possibilités.

Le boddhisattva prend de nombreux voeux qui peuvent, pour des débutants, être difficiles à retenir, à mémoriser. Mais une fois qu'on les a bien lus, qu'on en a bien compris le sens, il devient aisé de ne pas les transgresser. Une fois la motivation de base bien saisie, dès qu'une situation arrive elle met en jeu l'aide sollicitée par d'autres et notre bon vouloir, la réflexion se met en marche, l'analyse suit, on recherche la réponse la mieux adaptée en sachant qu'on ne doit pas abandonner quelqu'un  par simple paresse ou à cause de d'autres facteurs négatifs.

L'esprit d'éveil est une vigilance permanente tournée vers l'autre. On doit se demander à chaque instant, comment puis-je agir pour le bien des autres ?

Cela ne veut pas dire que l'on doive s'oublier et ne plus penser à soi, car la qualité de l'aide qu'on apporte aux autres dépend de nos propres capacités. Plus nous progressons sur le chemin mieux nous pouvons aider les autres. De notre développement dépend la qualité de notre travail. Certains voeux du bodhisattva y font référence en cherchant à  progresser plus rapidement.

Il faut être honnête avec soi-même et avec les autres, bannir le mensonge et la complaisance de notre fonctionnement général. Pour cela, il faut étudier le mode de fonctionnement de l'esprit et des facteurs mentaux, et connaître leurs modes d'apparition et leurs manifestations. Il est important de s'adonner régulièrement à la méditation, à l'analyse de sujets comme la "compassion, l'esprit d'éveil, les six perfections", etc ...

Le travail spirituel en général ne devrait pas connaître de pause. Nous ne pouvons pas dire à un moment donné: "Pouce! Pendant x temps je ne respecte plus mes engagements pour telle ou telle raison, et je reprendrai le tout plus tard". L'évolution dans le Grand Véhicule ne se fait pas comme celle d'un parcours professionnel: pas d'année sabbatique, ou de congé exceptionnel! L'avancement doit se faire à notre rythme, en fonction de nos possibilités sans retour en arrière. Si nous tombons, nous devons nous relever et poursuivre notre chemin. Il ne faut pas penser: "Je suis tombé une fois, j'abandonne, je ne peux pas!". Quelqu'un qui se connaît bien, connaît ses forces et ses faiblesses, et doit travailler avec elles. Rien ne sert de nous torturer l'esprit parce que nous n'avons pas encore atteint tel ou tel niveau de réalisation. Il faut accepter d'être là où on est rendu, en conservant la motivation de progresser et d'évoluer.

Cette acceptation de notre état actuel ne doit toutefois pas être de la complaisance. J'accepte d'être là où j'en suis, mais je prends sans cesse l'engagement d'avancer, de tout mettre en oeuvre pour progresser ... pour pouvoir sans cesse mieux aider les autres.

Méthode des sept causes et un effet

La méthode de développement de l'esprit d'éveil a d'abord été introduite par le Bouddha lui-même et plus tard popularisée sous le nom de méthode des six causes et un effet par la descendance d'Atisha et les autres maîtres de la vaste pratique. Puisque l'équanimité est un état nécessaire à la base de la pratique, le maître Tsong Khapa, pionnier du bouddhisme au Tibet, y a ajouté cette première cause. Il existe aussi la méthode d'échange de soi avec autrui, mais celle qui est présentée ici est plus graduelle et accessible à tous.

1. L'équanimité

Le premier point à méditer est l'équanimité. Au même titre qu'un terrain bien au niveau est d'une importance primordiale pour entreprendre la construction d'une maison solide, une parfaite équanimité est nécessaire à l'établissement de la boddhicita. La boddhicita est le désir sincère de libérer tous les êtres sans exception de toutes leurs souffrances. Il est donc primordial de voir tous les êtres comme étant égaux. Dans notre vie de tous les jours, il nous arrive sans cesse de catégoriser les gens selon trois groupes : nos amis, nos ennemis et les inconnus. Par rapport à ces trois groupes, on développe respectivement l'attachement, l'aversion et l'indifférence.

Si on regarde les causes profondes qui nous poussent à différencier les gens de la sorte, on verra qu'il n'y a pas là de cause logique ou permanente. Ceux dont on se rappelle l'aide qu'ils nous ont apporté, on les appelle nos amis, ceux qui nous ont nui, on les nomme nos ennemis et les autres sont classés comme indifférents ou inconnus, car on n'a pas de relation avec eux. Pourtant nos relations, même au cours d'une seule vie, bougent constamment : tantôt on rencontre des inconnus, qui deviennent tantôt des ennemis ou des amis. Il est rare que l'on entretienne le même type de relation avec une personne pendant toute une vie. Au cours de plusieurs vies, il est bien évident que c'est encore plus flagrant : peut-être notre meilleur ami d'aujourd'hui était-il notre pire ennemi dans une vie passée.

La meilleure attitude consiste à voir tous les êtres comme étant égaux et comme nos meilleurs amis. De toutes façons, ils nous apportent chacun leur aide à leur façon, car même nos ennemis nous sont bénéfiques dans notre développement spirituel: ils nous incitent à développer nos forces intérieures. Nous devrions donc voir tous les êtres comme égaux et abandonner l'attachement, la haine et l'indifférence. Soyons remplis d'amour pour ces êtres qui souffrent tous sans mesure.

2. Voir tous les êtres sensibles comme étant nos mères

La deuxième étape consiste à changer la vision que nous avons des êtres sensibles. Notre conscience d'aujourd'hui est la continuation de notre conscience d'hier. En remontant le fil ainsi de suite, on en arrive au début de notre vie présente. Si on continue le processus, on trouve que la conscience, créée toujours par un moment de conscience précédent qui agit comme cause directe, ne peut être créée du néant. On en vient donc à la conclusion logique que notre conscience existait avant notre naissance présente et qu'elle s'était appropriée un autre corps. On peut remonter le fil ainsi de manière infinie. Nous avons donc pris un nombre infini de corps et avons eu besoin d'une nouvelle mère à chaque fois. De là la conclusion que chaque être a déjà été notre douce mère. Nous devrions nous rappeler, chaque fois que nous voyons un être sensible : cet être a déjà été ma mère au cours de mes nombreuses existences.

3. Se rappeler la bonté de notre mère

On utilise ici la mère comme symbole principal de la bonté, car c'est elle, autant chez les humains que chez les animaux, qui joue le rôle principal de fécondatrice, de nourricière, de protectrice. Il est bien évident que le rôle du père et d'autres membres de la famille ne sont pas à dénier, mais la mère est de façon générale celle avec qui l'enfant a un contact très étroit. Si par ailleurs votre propre mère actuelle n'est pas un modèle de bonté pour vous, vous pouvez utiliser le même raisonnement en utilisant, au lieu de votre mère, la personne qui vous a été du plus grand bienfait dans cette vie. Alors rappelez-vous que cette personne est présente pour vous dans chaque être sensible que vous croisez, car elle l'a été pour vous dans d'innombrables vies passées.

Notre mère a été bien évidemment celle qui nous a porté durant neuf mois, faisant attention même à ses mouvements ou à ce qu'elle consommait, de peur de nous causer du tort. C'est elle aussi qui a enduré les douleurs de l'accouchement pour nous, qui nous a allaité et protégé lorsque nous n'étions pas capables de subvenir à nos propres besoins. C'est elle aussi qui nous a éduqués sur la manière de se comporter, comment manger, marcher et parfois même lire et écrire. En fait nous devons beaucoup de notre bonheur à notre mère.

De la même manière que notre mère actuelle nous a été bénéfique, il en est ainsi pour chaque être sensible. Comme il n'y a pas de différences entre la bonté d'un cadeau reçu l'an dernier ou celui reçu cette année, la bonté de nos mères passées et celle de notre mère actuelle sont égales dans les bienfaits qu'elles nous ont apportés.

4. Redonner la bonté

Suite à cette remémoration sincère de tous les immenses bienfaits que nos mères nous ont apportés, grandira en nous le souhait naturel de vouloir leur redonner ce qu'elles nous ont offert si généreusement. C'est comme lorsqu'une personne nous rend un grand service, nous nous sentons vraiment reconnaissant et voulons de tout coeur pouvoir lui faire plaisir également.

Comme nos mères nous ont apporté des bienfaits immenses, nous désirons leur remettre ce qui pourra leur être le plus profitable possible. Comme tous ces êtres sensibles désirent un immense bonheur, mais prisonniers qu'ils sont de leur ignorance, ils ne sont pas aptes à trouver ses causes réelles, nous devons les aider de notre mieux en leur montrant une voie qui leur apportera une félicité profonde et durable. Comme nous avons la chance de connaître un tant soit peu les enseignements du Bouddha, nous devons le partager avec ceux qui n'ont pas cette chance. Ne pas le faire serait comme de posséder des connaissances médicales tout en refusant d'aider ceux devant nous qui souffrent d'une maladie. C'est ainsi que tous les êtres sont en effet : ils souffrent des maladies de l'ignorance, de la colère, de la jalousie, de l'orgueil et de l'attachement, et ces maladies sont bien plus destructrices que les simples maladies physiques. Ces dernières ne peuvent nous affecter qu'une vie durant, tandis que les afflictions mentales nous tourmentent depuis des vies sans commencement et nous propulsent vers des états infortunés.

5. L'amour bienveillant

L'amour bienveillant est le désir sincère de donner le bonheur à tous les êtres. Pour leur apporter un bénéfice concret, nous devons voir les êtres comme des amis proches; autrement, nous ne serons pas enclins à les aider spontanément. Nous devons regarder chaque être, même notre propre ennemi, avec les yeux de l'amour et souhaiter de tout coeur lui apporter la joie et le bonheur. Développons une vision plus large en voyant qu'au cours de toutes nos