• Centre Paramita

L'essence de la voie vers l'éveil 3ieme partie


La Grande capacité

L'obtention du bonheur permanent pour soi par la pratique du petit véhicule, le Hinayana (petite et moyenne capacités) n'est pas négligeable.  Toutefois, le Nirvana ne constitue pas la finalité, but suprême de la Voie.  Bien que nous soyons libérés de toute emprise émotionnelle, une multitude infinie d'êtres sensibles nous entourent et nous apportent soutien, mais nous n'avons encore rien fait de concret pour leur venir en aide. 

Le pratiquant de grande capacité (ceux du grand véhicule, le Mahayana) cherche à se débarasser des voiles à la connaissance, afin de pouvoir venir en aide à tous ces êtres prisonniers du samsara.  Muni d'un esprit d'éveil enraciné dans un amour universel et une grande compassion pour l'infinité des êtres sensibles, le boddhisattva peut finalement atteindre le but le plus haut : le plein éveil, la bouddhéité, l'Illumination.

La bodhicitta

L'esprit d'éveil

Bodhicitta, littéralement : "Esprit d'Éveil" a souvent été traduit par "compassion",  il s'agit d'une traduction un peu réductrice. Compassion peut se traduire par "souffrir avec", pâtir d'une situation avec quelqu'un, ce qui peut être moralement.

En fait, l'esprit d'éveil va beaucoup plus loin. Au-delà du fait même de prendre conscience de la souffrance de l'autre, il implique un engagement personnel pour en chercher la résolution. Résolution qui peut n'être que temporaire en ce qui concerne un besoin immédiat, ou ultime lorsqu'on recherche la cessation complète de la souffrance.

L'aide temporaire est l'une de celles définies dans la perfection de la générosité. Elle va du soutien matériel à l'aide psychologique. Elle a son importance, bien qu'elle soit moins employée par l'assemblée des religieux qui pensent plus à la libération et à l'éveil des êtres qu'à panser leurs plaies. Ceux qui ne connaissent pas les causes réelles de la souffrance ne s'appliqueront qu'à apaiser les maux du corps et de l'ego.

En fait, l'aide temporaire peut très bien aller de pair avec une aide à plus long terme et s'allier à cette dernière. D'abord on calme la douleur, ensuite on soigne la cause. On pacifie l'esprit, puis on analyse la perturbation et on la reconnaît comme manifestation d'un attachement, d'une saisie,d'un résultat de l'ignorance. On évolue ensuite vers le non-attachement par un travail sur le non-soi et la vacuité.

L'esprit d'éveil se manifeste comme un élargissement de notre état de conscience, comme si le sommet de notre crâne s'ouvrait pour permettre à l'esprit d'entrer en contact avec tous les êtres.

Une fois cette connexion établie et que l'on a bien compris et ressenti la nécessité de venir en aide à un nombre incalculable d'êtres qui sont plongés dans la souffrance, on peut se rendre compte de nos limites, de nos difficultés à répondre à cette demande immense. On prend alors la décision de s'engager dans un chemin qui permet d'évoluer spirituellement, d'acquérir sagesse et méthode, de venir en aide là où il le faut, quand il le faut, et comme il le faut.

Par cette prise de conscience, une forme de vigilance particulière s'éveille dans notre esprit. Nous devenons alors réellement attentif aux autres. C'est une attention de tous les instants, qui nous permet de repérer les besoins des êtres et d'essayer d'y pallier. Et à chaque fois que cela semble impossible, s'éveille alors le souhait de tout mettre en oeuvre pour y arriver.

L'esprit d'éveil est une prise de conscience de la souffrance des autres, de notre capacité limitée d'y répondre, de l'engagement d'évoluer personnellement vers l'acquisition des moyens de porter les êtres vers la libération et l'éveil.

Pour nous permettre d'évoluer vers l'état de pratiquant et de détenteur de l'esprit d'éveil, ou bodhicitta, un certain nombre de voeux peuvent être pris, qui sont les voeux du boddhisatva.

On pourrait dire que lorsqu'on a une motivation juste, il est impardonnable de ne pas s'engager dans une action si on a les capacités de le faire. On peut ne pas agir par paresse, orgueil, jalousie, ou à cause d'autres sentiments du même genre. Nous devons tout mettre en oeuvre pour venir en aide aux autres, en fonction de nos possibilités.

Le boddhisattva prend de nombreux voeux qui peuvent, pour des débutants, être difficiles à retenir, à mémoriser. Mais une fois qu'on les a bien lus, qu'on en a bien compris le sens, il devient aisé de ne pas les transgresser. Une fois la motivation de base bien saisie, dès qu'une situation arrive elle met en jeu l'aide sollicitée par d'autres et notre bon vouloir, la réflexion se met en marche, l'analyse suit, on recherche la réponse la mieux adaptée en sachant qu'on ne doit pas abandonner quelqu'un  par simple paresse ou à cause de d'autres facteurs négatifs.

L'esprit d'éveil est une vigilance permanente tournée vers l'autre. On doit se demander à chaque instant, comment puis-je agir pour le bien des autres ?

Cela ne veut pas dire que l'on doive s'oublier et ne plus penser à soi, car la qualité de l'aide qu'on apporte aux autres dépend de nos propres capacités. Plus nous progressons sur le chemin mieux nous pouvons aider les autres. De notre développement dépend la qualité de notre travail. Certains voeux du bodhisattva y font référence en cherchant à  progresser plus rapidement.

Il faut être honnête avec soi-même et avec les autres, bannir le mensonge et la complaisance de notre fonctionnement général. Pour cela, il faut étudier le mode de fonctionnement de l'esprit et des facteurs mentaux, et connaître leurs modes d'apparition et leurs manifestations. Il est important de s'adonner régulièrement à la méditation, à l'analyse de sujets comme la "compassion, l'esprit d'éveil, les six perfections", etc ...

Le travail spirituel en général ne devrait pas connaître de pause. Nous ne pouvons pas dire à un moment donné: "Pouce! Pendant x temps je ne respecte plus mes engagements pour telle ou telle raison, et je reprendrai le tout plus tard". L'évolution dans le Grand Véhicule ne se fait pas comme celle d'un parcours professionnel: pas d'année sabbatique, ou de congé exceptionnel! L'avancement doit se faire à notre rythme, en fonction de nos possibilités sans retour en arrière. Si nous tombons, nous devons nous relever et poursuivre notre chemin. Il ne faut pas penser: "Je suis tombé une fois, j'abandonne, je ne peux pas!". Quelqu'un qui se connaît bien, connaît ses forces et ses faiblesses, et doit travailler avec elles. Rien ne sert de nous torturer l'esprit parce que nous n'avons pas encore atteint tel ou tel niveau de réalisation. Il faut accepter d'être là où on est rendu, en conservant la motivation de progresser et d'évoluer.

Cette acceptation de notre état actuel ne doit toutefois pas être de la complaisance. J'accepte d'être là où j'en suis, mais je prends sans cesse l'engagement d'avancer, de tout mettre en oeuvre pour progresser ... pour pouvoir sans cesse mieux aider les autres.

Méthode des sept causes et un effet

La méthode de développement de l'esprit d'éveil a d'abord été introduite par le Bouddha lui-même et plus tard popularisée sous le nom de méthode des six causes et un effet par la descendance d'Atisha et les autres maîtres de la vaste pratique. Puisque l'équanimité est un état nécessaire à la base de la pratique, le maître Tsong Khapa, pionnier du bouddhisme au Tibet, y a ajouté cette première cause. Il existe aussi la méthode d'échange de soi avec autrui, mais celle qui est présentée ici est plus graduelle et accessible à tous.

1. L'équanimité

Le premier point à méditer est l'équanimité. Au même titre qu'un terrain bien au niveau est d'une importance primordiale pour entreprendre la construction d'une maison solide, une parfaite équanimité est nécessaire à l'établissement de la boddhicita. La boddhicita est le désir sincère de libérer tous les êtres sans exception de toutes leurs souffrances. Il est donc primordial de voir tous les êtres comme étant égaux. Dans notre vie de tous les jours, il nous arrive sans cesse de catégoriser les gens selon trois groupes : nos amis, nos ennemis et les inconnus. Par rapport à ces trois groupes, on développe respectivement l'attachement, l'aversion et l'indifférence.

Si on regarde les causes profondes qui nous poussent à différencier les gens de la sorte, on verra qu'il n'y a pas là de cause logique ou permanente. Ceux dont on se rappelle l'aide qu'ils nous ont apporté, on les appelle nos amis, ceux qui nous ont nui, on les nomme nos ennemis et les autres sont classés comme indifférents ou inconnus, car on n'a pas de relation avec eux. Pourtant nos relations, même au cours d'une seule vie, bougent constamment : tantôt on rencontre des inconnus, qui deviennent tantôt des ennemis ou des amis. Il est rare que l'on entretienne le même type de relation avec une personne pendant toute une vie. Au cours de plusieurs vies, il est bien évident que c'est encore plus flagrant : peut-être notre meilleur ami d'aujourd'hui était-il notre pire ennemi dans une vie passée.

La meilleure attitude consiste à voir tous les êtres comme étant égaux et comme nos meilleurs amis. De toutes façons, ils nous apportent chacun leur aide à leur façon, car même nos ennemis nous sont bénéfiques dans notre développement spirituel: ils nous incitent à développer nos forces intérieures. Nous devrions donc voir tous les êtres comme égaux et abandonner l'attachement, la haine et l'indifférence. Soyons remplis d'amour pour ces êtres qui souffrent tous sans mesure.

2. Voir tous les êtres sensibles comme étant nos mères

La deuxième étape consiste à changer la vision que nous avons des êtres sensibles. Notre conscience d'aujourd'hui est la continuation de notre conscience d'hier. En remontant le fil ainsi de suite, on en arrive au début de notre vie présente. Si on continue le processus, on trouve que la conscience, créée toujours par un moment de conscience précédent qui agit comme cause directe, ne peut être créée du néant. On en vient donc à la conclusion logique que notre conscience existait avant notre naissance présente et qu'elle s'était appropriée un autre corps. On peut remonter le fil ainsi de manière infinie. Nous avons donc pris un nombre infini de corps et avons eu besoin d'une nouvelle mère à chaque fois. De là la conclusion que chaque être a déjà été notre douce mère. Nous devrions nous rappeler, chaque fois que nous voyons un être sensible : cet être a déjà été ma mère au cours de mes nombreuses existences.

3. Se rappeler la bonté de notre mère

On utilise ici la mère comme symbole principal de la bonté, car c'est elle, autant chez les humains que chez les animaux, qui joue le rôle principal de fécondatrice, de nourricière, de protectrice. Il est bien évident que le rôle du père et d'autres membres de la famille ne sont pas à dénier, mais la mère est de façon générale celle avec qui l'enfant a un contact très étroit. Si par ailleurs votre propre mère actuelle n'est pas un modèle de bonté pour vous, vous pouvez utiliser le même raisonnement en utilisant, au lieu de votre mère, la personne qui vous a été du plus grand bienfait dans cette vie. Alors rappelez-vous que cette personne est présente pour vous dans chaque être sensible que vous croisez, car elle l'a été pour vous dans d'innombrables vies passées.

Notre mère a été bien évidemment celle qui nous a porté durant neuf mois, faisant attention même à ses mouvements ou à ce qu'elle consommait, de peur de nous causer du tort. C'est elle aussi qui a enduré les douleurs de l'accouchement pour nous, qui nous a allaité et protégé lorsque nous n'étions pas capables de subvenir à nos propres besoins. C'est elle aussi qui nous a éduqués sur la manière de se comporter, comment manger, marcher et parfois même lire et écrire. En fait nous devons beaucoup de notre bonheur à notre mère.

De la même manière que notre mère actuelle nous a été bénéfique, il en est ainsi pour chaque être sensible. Comme il n'y a pas de différences entre la bonté d'un cadeau reçu l'an dernier ou celui reçu cette année, la bonté de nos mères passées et celle de notre mère actuelle sont égales dans les bienfaits qu'elles nous ont apportés.

4. Redonner la bonté

Suite à cette remémoration sincère de tous les immenses bienfaits que nos mères nous ont apportés, grandira en nous le souhait naturel de vouloir leur redonner ce qu'elles nous ont offert si généreusement. C'est comme lorsqu'une personne nous rend un grand service, nous nous sentons vraiment reconnaissant et voulons de tout coeur pouvoir lui faire plaisir également.

Comme nos mères nous ont apporté des bienfaits immenses, nous désirons leur remettre ce qui pourra leur être le plus profitable possible. Comme tous ces êtres sensibles désirent un immense bonheur, mais prisonniers qu'ils sont de leur ignorance, ils ne sont pas aptes à trouver ses causes réelles, nous devons les aider de notre mieux en leur montrant une voie qui leur apportera une félicité profonde et durable. Comme nous avons la chance de connaître un tant soit peu les enseignements du Bouddha, nous devons le partager avec ceux qui n'ont pas cette chance. Ne pas le faire serait comme de posséder des connaissances médicales tout en refusant d'aider ceux devant nous qui souffrent d'une maladie. C'est ainsi que tous les êtres sont en effet : ils souffrent des maladies de l'ignorance, de la colère, de la jalousie, de l'orgueil et de l'attachement, et ces maladies sont bien plus destructrices que les simples maladies physiques. Ces dernières ne peuvent nous affecter qu'une vie durant, tandis que les afflictions mentales nous tourmentent depuis des vies sans commencement et nous propulsent vers des états infortunés.

5. L'amour bienveillant

L'amour bienveillant est le désir sincère de donner le bonheur à tous les êtres. Pour leur apporter un bénéfice concret, nous devons voir les êtres comme des amis proches; autrement, nous ne serons pas enclins à les aider spontanément. Nous devons regarder chaque être, même notre propre ennemi, avec les yeux de l'amour et souhaiter de tout coeur lui apporter la joie et le bonheur. Développons une vision plus large en voyant qu'au cours de toutes nos vies, nous avons eu des relations très proches et intimes avec chaque être et que nos amis présents ne le sont que temporairement. En fait, chaque être est égal dans son désir de bonheur et entraînons-nous à voir tous ceux qui nous entourent comme nos parents, nos frères ou nos soeurs. En voyant les gens ainsi, nous ne souffrirons plus vis-à-vis des autres car nous ne verrons que les côtés positifs d'une relation avec eux. Nous récolterons donc nous aussi plus de bonheur.

6. La grande compassion

Voilà ici la racine de l'éveil : la grande compassion qui est le souhait de libérer tous les êtres de la souffrance et de ses causes. Grâce à la réflexion sur nos propres souffrances, nous pouvons entrevoir celles qui affectent également les autres. De cette pensée s'élève en nous un désir de voir tous ces êtres libérés de toutes leurs souffrances. C'est donc grâce à la souffrance que l'on peut progresser vers l'éveil. La souffrance nous apparaît toujours comme indésirable, mais en réfléchissant sur ce point, la souffrance devient en fait un allié, un moteur qui nous propulse sur la voie de notre développement intérieur et vers un vrai bonheur.

Il s'agit donc de développer un intérêt sincère envers les êtres et de méditer sur les souffrances qu'ils endurent maintenant et qu'ils endureront tôt ou tard à cause de leurs actes. Il nous sera ainsi plus aisé de développer ce souhait de les en voir libérés.

7. l'intention résolue

Suite à ce souhait sans limite naîtra en nous la pensée : mais comment y arriver? Je suis présentement dans l'incapacité de combler mes besoins personnels, donc encore moins ceux des autres. Je dois parvenir à un état d'esprit sans faute. Cela est possible car la nature de l'esprit est sagesse omnisciente et compassion parfaite. Je dois donc atteindre l'état de bouddha, pour pouvoir ainsi avoir tout en mon pouvoir pour aider chaque être à mûrir sur le chemin de l'éveil et être libéré de toute souffrance.

L'effet: le développement de la boddhicita

Sur cette base naîtra en nous cet engagement de mener tous les êtres à l'éveil. Avec cet esprit né en nous, chacun de nos gestes ou pensées devient d'un grand secours pour tous les êtres sensibles et nous sommes constamment en train d'accumuler de grands mérites en progressant vers l'éveil.  Ceci est le développement de l'esprit d'éveil conventionnel, axé sur le développement de la grande compassion.  L'esprit d'éveil ultime se réfère au développement de la perfection de la sagesse.

L'Entraînement de l'esprit en 7 points

Cet entraînement nous vient du grand maître tibétain Guéshé Chekawa. L'attitude considérée comme normale est habituellement de penser à son propre bonheur avant de penser aux autres. La méthode présentée ici cherche à renverser cette tendance d'auto-préoccupation pour se tourner vers le bonheur des autres d'abord.

Elle comporte 7 étapes :

1. La pratique des préliminaires (petite et moyenne capacités)

2. L'entraînement à la boddhicita (5 étapes)

a. Méditer sur l'égalité entre sa propre personne et les autres êtres b. Contempler les nombreux désavantages de l'attitude égocentrique. Comme le grand boddhisatva Shantideva a dit :

Toutes les souffrances du monde Proviennent du désir de son unique bonheur

c. Contempler les nombreux avantages de l'attitude altruiste. Shantideva dit :

Toutes les joies du monde Proviennent du désir du bonheur d'autrui

d. Le changementd'attitude proprement dit e. Sur cette base, la pratique du Tonglen (donner et recevoir) en s'appuyant sur le souffle. On prend ainsi en inspirant la douleur que les autres subissent (compassion) et on leur envoie le bonheur (amour).

3. Transformer les circonstances adverses en voie d'éveil

4. Comment appliquer la pratique dans la vie quotidienne

5. La mesure de l'entraînement de l'esprit

6. Les 18 engagements de l'entraînement de l'esprit

7. Les 22 conseils

LA NATURE DE LA BODHICITTA

Ce texte présente la nature de la bodhicitta, la façon dont elle évolue ainsi que les moyens de la développer. La bodhicitta ou l'esprit d'éveil consiste à vouloir atteindre le plein éveil pour le bien de tous les êtres sensibles.

Les vingt-deux exemples de bodhicitta et leur signification

Les vingt-deux exemples de bodhicitta correspondent aux différents stades des cinq voies du mahayana qui conduisent à l'éveil (voir note de bas de page). La bodhicitta est basée sur une qualité ou une attitude spécifique à chaque stade.

1. La terre

Telle la terre qui sert de base à la croissance de toute la végétation et à la vie des êtres, la bodhicitta du pratiquant est le terrain qui lui permet de croître vers l'éveil. À ce premier niveau, la bodhicitta est soutenue par une aspiration et une confiance claires en celle-ci, lesquelles naissent à la suite d'une analyse minutieuse de ses qualités.

2. L'or

Tel l'or qui ne peut se détériorer et dont la nature demeure toujours aussi pure avec le temps, la bodhicitta basée sur l'intention ne peut dégénérer. Elle reste stable car elle est maintenant basée sur l'esprit d'éveil d'engagement et non simplement sur l'aspiration.

3. La lune

Telle la nouvelle lune qui croît jusqu'à devenir pleine et totalement lumineuse, la bodhicitta soutenue par l'intention supérieure croît sans cesse en force jusqu'à la bouddhéité, par le développement des accumulations de mérites et de sagesse.

4. Le feu

Tel le feu qui brûle tout ce qu'il rencontre, la bodhicitta de la voie de la préparation permet de s'engager dans la méditation sur la vacuité, qui mettra un terme à la vision fausse affirmant que la personne et les phénomènes possèdent une nature intrinsèque.

5. Le trésor

Tel un trésor qui peut combler les besoins d'une multitude d'êtres, celui qui possède la bodhicitta soutenue par la perfection de la générosité devient un trésor infini pour tous les êtres. Celui-ci peut combler tous leurs désirs, principalement en leur transmettant le Dharma selon leurs aspirations et leurs capacités. Il peut aussi aider ceux qui pratiquent le véhicule hinayana à «faire le grand saut» dans le véhicule mahayana.

6. La source précieuse

La bodhicitta soutenue par la perfection de l'éthique est comme une source précieuse, car elle est le point de départ de toute belle chose et de toute qualité. Grâce à nos vœux de libération individuelle et de bodhisattva ainsi qu'à nos voeux tantriques, nous pourrons atteindre l'éveil. Sans éthique, il est impossible d'acquérir de nouvelles connaissances et de progresser sur la voie.

7. L'océan

Tel le fond de l'océan qui reste immuable malgré les tempêtes et les tremblements de terre, le bodhisattva, dont la bodhicitta est soutenue par la perfection de la patience, reste calme et imperturbable face à sa souffrance et aux agressions des autres. Sachant qu'un seul accès de colère détruit des mérites incalculables, il demeure patient dans toute situation.

8. Le diamant

Tel un diamant qui peut couper toutes sortes de matériaux sans jamais se briser, la bodhicitta soutenue par l'effort joyeux est dotée d'une grande force et peut anéantir tous les obstacles sur son passage, et ce, jusqu'à l'atteinte de la bouddhéité.

9. La montagne

Telle la montagne qui reste inébranlable malgré les vents ou les marées, la bodhicitta soutenue par la concentration unifiée permet au pratiquant de demeurer stable sur son objet de méditation sans jamais être distrait par l'agitation ou la léthargie.

10. Le médicament

La bodhicitta soutenue par la perfection de la sagesse guérit des poisons de l'ignorance et des émotions perturbatrices. Elle est le remède contre les voiles à la libération et à l'omniscience.

11. L'ami spirituel

L'ami spirituel est celui qui, s'adaptant à tous les êtres, aide chacun selon ses capacités et ses aspirations particulières. La bodhicitta soutenue par la perfection des moyens habiles permet au bodhisattva de trouver les moyens appropriés à chaque être pour lui être bénéfique selon ses désirs et ses aspirations.

12. Le joyau qui exauce les souhaits

Un joyau qui exauce les souhaits nous permettrait de voir tous nos vœux se réaliser. De même, la bodhicitta soutenue par la perfection de la prière peut accomplir tous les souhaits tant pour soi-même que pour autrui.

13. Le soleil

Grâce au pouvoir du soleil, les jeunes pousses croissent plus rapidement et se développent jusqu'à devenir de belles grandes plantes. La bodhicitta soutenue par la perfection du pouvoir amène tous les êtres à se développer et à mûrir selon leur karma particulier sur la voie vers l'éveil.

14. Le chant

Une belle chanson plaît à tous. De même, les enseignements du Dharma émis par un bodhisattva apaisent la souffrance et procurent un grand bonheur à ceux qui les écoutent. La bodhicitta de ce niveau est soutenue par la perfection de la sagesse primordiale.

15. Le grand roi

Par son grand pouvoir et son influence, le grand roi ne manque de rien et arrive à satisfaire les besoins de tous ses sujets et à assurer leur protection. De la même façon, avec la bodhicitta soutenue par la clairvoyance, le bodhisattva peut veiller sur tous les êtres avec équanimité.

16. Le trésor accumulé

La bodhicitta soutenue par une grande accumulation de mérites et de sagesse ressemble à une caverne aux trésors où l'on trouve tout ce dont on a besoin. Le bodhisattva peut alors satisfaire tous les besoins que les êtres manifestent pour se développer jusqu'à l'éveil.

17. La grande route

La grande route nous mène à notre destination finale. La bodhicitta soutenue par les 37 facteurs d'éveil est comme la grande route vers la bouddhéité. Tous les aryas l'empruntent pour se rendre à l'état de bouddha.

18. Le grand véhicule

Montés à bord du grand véhicule de la bodhicitta, soutenue par la compassion et la vision pénétrante, nous nous dirigeons à grande vitesse vers l'omniscience.

19. La fontaine intarissable

Grâce à la bodhicitta soutenue par la mémoire, il n'y a pas de limites aux connaissances et aux qualités que nous pouvons acquérir et développer dans le but d'aider l'infinité des êtres. Comme on déduit logiquement qu'il y a du feu lorsqu'il y a présence de fumée, le bodhisattva de ce niveau acquiert toujours de nouvelles connaissances par sa profonde logique déductive.

20. Le son mélodieux

Telle une douce mélodie qui nous rend joyeux, l'écoute des enseignements de celui qui possède la bodhicitta soutenue par la joie du Dharma, captive les êtres et leur apporte un grand bonheur.

21. La rivière

Telle la rivière qui coule naturellement vers l'océan, la bodhicitta soutenue par le chemin donne au bouddha la capacité d'aider les autres sans se fatiguer, de façon naturelle et spontanée, avec la seule pensée de les libérer de la souffrance.

22. Le nuage

Tel le nuage qui nourrit tout ce qui vit par la pluie, la bodhicitta soutenue par le corps de vérité d'un bouddha l'amène à accomplir, dans une parfaite impartialité, toutes sortes d'activités éveillées. Par différentes émanations, il apporte le bonheur à tous les êtres sensibles.

Chacun des vingt-deux exemples de bodhicitta correspond à un niveau d'apprentissage du véhicule mahayana, depuis l'entrée dans la voie de l'accumulation jusqu'à la bouddhéité. Les trois premiers exemples se réfèrent au petit, au moyen et au grand stades de la voie de l'accumulation. Le quatrième exemple fait référence à la voie de la préparation. Le cinquième exemple comprend la voie de la vision et celle de la méditation et représente la première perfection et la première terre des bodhisattvas. Les neuf exemples suivants correspondent aux neuf autres perfections et neuf autres terres. Du quinzième au dix-neuvième exemple, on retrouve d'autres descriptions de la dixième terre. Les trois derniers exemples sont reliés à la préparation à l'omniscience et à son atteinte. Bien que tous ces exemples fassent référence à des niveaux et des qualités spécifiques sur la voie, ils font tous partie intégrante de la bodhicitta.

LE DÉVELOPPEMENT DE LA BODDHICITA

Plusieurs facteurs contribuent au développement de la bodhicitta jusqu'à l'éveil.

Les quatre causes

1. Être d'une excellente lignée, c'est-à-dire avoir cultivé les qualités nécessaires au développement de la bodhicitta lors de nos vies passées.

2. Rencontrer un ami spirituel qui pourra nous guider correctement sur la voie.

3. Posséder une grande compassion pour tous les êtres sensibles.

4. Ne pas être découragé par les difficultés du cycle des existences.

Les quatre conditions

1. Après avoir vu ou entendu des bouddhas, des bodhisattvas ou leurs émanations, s'élève en nous un grand désir de devenir comme eux.

2. Après avoir entendu parler du mahayana et de ses bienfaits, s'élève en nous un grand désir d'atteindre l'éveil.

3. Après avoir vu que les enseignements du mahayana sont en déclin, s'élève en nous un grand désir de le pratiquer avant qu'il ne disparaisse.

4. Après avoir vu que tous les êtres sensibles sont submergés par la douleur, s'élève en nous un grand désir de les secourir.

Les quatre forces

1. La force personnelle: nous développons la bodhicitta par nos propres efforts.

2. La force des autres: nous développons la bodhicitta grâce à l'influence positive de notre lama.

3. La force des causes: les empreintes karmiques de la pratique de la bodhicitta dans nos vies antérieures nous amènent à la faire croître.

4. La force de la préparation: la pratique de la bodhicitta dans cette vie est engendrée lorsque les préparations nécessaires sont effectuées ou lorsqu'elles l'ont été dans des vies antérieures.

Les quatre particularités

1. La bodhicitta fait naître en nous une grande joie à travailler pour le bien des autres et élimine toute peur ou découragement.

2. Elle procure un grand enthousiasme à œuvrer au bien des êtres et anéantit toute fatigue.

3. Elle est extrêmement bénéfique tant pour les autres que pour soi.

4. Elle est la source de tous les accomplissements de l'éveil.

Les quatre niveaux de bodhicitta

1. L'inspiration: le bodhisattva des deux premières voies est inspiré à atteindre la réalisation de la vraie nature des phénomènes.

2. L'intention résolue: le bodhisattva des sept terres impures a réalisé la vacuité de toute chose et développe l'amour universel et la grande compassion. Il est résolu à déchirer les voiles de la libération.

3. La pleine maturité: le bodhisattva des trois terres pures éradique progressivement les voiles à l'omniscience et son esprit devient mûr par la réalisation de la bouddhéité.

4. L'affranchissement de tout voile: le bouddha est complètement purifié des voiles à la libération et à l'omniscience.

Les trois manières de développer la bodhicitta

1. Tel un roi: celui qui développe la bodhicitta, tel un roi qui veut le bien de ses sujets, pense à obtenir d'abord la bouddhéité pour lui-même afin de pouvoir servir les autres par la suite.

2. Tel un berger: celui qui développe la bodhicitta, tel un berger qui guide ses moutons, cherche à mener les autres à la bouddhéité d'abord et lui-même par la suite.

3. Tel un batelier: celui qui développe la bodhicitta, tel un batelier qui conduit ses passagers, cherche à mener les autres à la bouddhéité en même temps que lui.

Les deux types de bodhicitta

1. La bodhicitta d'aspiration: elle naît à la première voie (accumulation) et se termine au moment d'atteindre l'éveil.

2. La bodhicitta d'engagement: elle naît à la première voie et continue après avoir atteint l'éveil.

Les deux natures de la bodhicitta

1. La bodhicitta conventionnelle: elle se réfère à l'aspect «méthode» de la voie vers l'éveil et aux deux premières voies (accumulation et préparation). Le développement de la bodhicitta conventionnelle a été expliqué par Atisha avec la méthode des six causes et un effet et par Shantideva avec la méthode d'échange de soi avec les autres. Par la suite, plusieurs maîtres ont développé ces deux principales méthodes. Par exemple, Lama Tsongkhapa a complété la technique d'Atisha en y ajoutant un point, celui de l'équanimité. Guéshé Chékawa a expliqué l'entraînement de l'esprit en sept points et Guéshé Langri Tangpa a composé les huit versets sur l'entraînement de l'esprit. La bodhicitta que nous cherchons à faire naître doit venir du plus profond de notre cœur. Elle constitue un engagement où notre seule préoccupation est celle d'œuvrer au bien de tous les êtres. Un simple souhait est bon, mais il ressemble un peu à la partie extérieure de la canne à sucre: bien que sucrée, celle-ci n'est rien en comparaison avec l'intérieur, avec le nectar, la bodhicitta conventionnelle.

2. La bodhicitta ultime: le qualificatif «ultime» que l'on donne ici à labodhicitta représente l'aspect «sagesse» de la voie. Il implique la méditation sur la vacuité des phénomènes. La bodhicitta ultime débute dès l'entrée dans la troisième voie (vision) et est présente sur les dix terres des bodhisattvas ainsi qu'à l'éveil.

Note: Voir Les cinq voies, Centre Paramita de bouddhisme tibétain de Québec, collection La philosophie bouddhiste tibétaine, 2005, 24 p.

Les vingt-deux exemples de bodhicitta sur les cinq voies du Mahayana

1ere voie: Accumulation (Sagesse & Mérites) (Entrée dans la Voie des êtres ordinaires)

1. Terre (aspiration) (inférieur)

2. Or (intention) (intermédiaire)

3. Lune (intention supérieure) (supérieur)

2e voie: Préparation

4. Feu (l'application) (Chaleur – Sommet – Patience – Excellence)

3e voie: Vision (Entrée dans la Voie des Aryas: êtres extraordinaires)

5. Trésor (générosité) : 1ère Terre (1ère partie)

4e voie: Méditation

5. Trésor (générosité) :1ère Terre (2e partie)

6. Mine de Joyaux (discipline, éthique) :2e Terre

7. Océan (patience) : 3e Terre

8. Diamant (effort joyeux, courage) : 4e Terre

9. Montagne (concentration) : 5e Terre

10. Remède (connaissance, sagesse prajna ou sherap) : 6e Terre

11. Ami Spirituel (moyens habiles, méthode) : 7e Terre

12. Joyau qui exauce les souhaits (prière, aspiration sûre) : 8e Terre

13. Soleil (énergie, pouvoir, force, capacité) : 9e Terre

14. Chant (sagesse primordiale, jnana ou yeshe) : 10e Terre (1ère partie)

Voie Spéciale des Bodhisattva

15. Roi (clairvoyance)

16. Chambre à Trésor (mérites et sagesse accumulés)

17. Chemin (auxiliaires de l'Éveil)

18. Véhicule (compassion et vision profonde)

19. Source Intarissable (mémoire et assurance)

5e voie: Perfection (Bouddhéité – Parfaite Illumination)

20. Son Mélodieux (jardin du Dharma) (dernier instant de préparation à l'Omniscience) : 10e Terre (2e partie)

21. Rivière, Source d'eau (Voie unique) (Instant même de l'Omniscience)

22. Nuage (Dharmakaya, corps absolu) (Instant suivant la Réalisation de l'Omniscience)

Le 22e type de boddhicita ne se développe pas nécessairement seulement à la Bouddhéité ; certains Arya boddhisatvas le développent également.

Les entraînements complets des dix terres de bodhisattvas

Sur chaque terre qu'il franchit, le bodhisattva gagne en qualités et peut ainsi mieux aider les autres.

1. Les 10 entraînements complets de la première terre

1) une attitude libre de malhonnêteté ou d'hypocrisie dans toute activité

2) la pratique du mahayana uniquement, pour son propre bien et celui des autres

3) une attitude impartiale envers tous les êtres sensibles

4) le don de tout sans avarice

5) une totale dévotion envers un excellent maître spirituel

6) une quête de tous les objectifs des trois types de véhicules

7) une attitude de pur renoncement constante

8) une joie à l'idée de voir le corps d'un bouddha

9) l'enseignement du Dharma aux disciples sans avarice envers l'enseignement

10) des paroles toujours véridiques

2. Les 8 entraînements complets de la seconde terre

1) le maintien pur des trois types d'éthique à tout moment

2) une attitude reconnaissante envers ceux qui l'ont aidé

3) une acceptation patience du mal qui lui est fait

4) la réjouissance constante face aux actes vertueux

5) une grande compassion envers tous les êtres sensibles

6) l'honneur et le respect envers les maîtres

7) l'écoute avec respect des enseignements des maîtres

8) la pratique enthousiaste et constante des six perfections

3. Les 5 entraînements complets de la troisième terre

1) le désir constant d'écouter d'autres enseignements

2) le don des enseignements aux autres sans désir de récompense matérielle

3) la purification de la terre pure de bouddha où l'éveil sera atteint

4) l'absence de découragement face aux défauts du samsara et au bien à apporter aux autres

5) l'attitude de dignité et de considération d'autrui

4. Les 10 entraînements complets de la quatrième terre

1) la demeure solitaire dans une forêt

2) la faible quantité de désirs

3) la satisfaction

4) l'observance stricte des douze pratiques ascétiques

5) l'abandon d'aucun précepte de discipline

6) le dégoût face aux qualités des objets sensoriels

7) mener les êtres au nirvana en leur donnant des enseignements en accord avec leurs capacités

8) le renoncement et le don de toute possession

9) l'absence de découragement d'accomplir des actes vertueux

10) l'absence d'une vue prenant les choses comme réelles et inhérentes

5. Les 10 entraînements complets de la cinquième terre

1) éviter la compagnie des amis et des familles pour des raisons de profit ou de gloire

2) ne pas empêcher ceux qui sont ordonnés de recevoir des laïcs

3) l'abandon de vivre dans des endroits affairés

4) l'abandon de faire ses louanges avec attachement

5) l'abandon de la dépréciation des autres

6) l'abandon des dix actions négatives

7) l'abandon de l'arrogance et de l'hypocrisie face aux autres

8) l'abandon de l'attachement à une manière d'agir contraire à ce qui est bien

9) l'abandon des vues fausses et erronées

10) l'abandon de l'association mentale avec les perturbations mentales

6. Les 12 entraînements complet de la sixième terre

1) l'accomplissement complet de la perfection de la générosité

2) l'accomplissement complet de la perfection de l'éthique

3) l'accomplissement complet de la perfection de la patience

4) l'accomplissement complet de la perfection de l'effort joyeux

5) l'accomplissement complet de la perfection de la concentration

6) l'accomplissement complet de la perfection de la sagesse

7) l'abandon de l'attachement aux terres des shravakas

8) l'abandon de l'attachement aux terres des pratyekabouddhas

9) l'abandon de la peur face au sens profond de la vacuité

10) l'abandon du découragement même lorsque quelqu'un demande notre tête

11) l'abandon de la tristesse face au renoncement à toute possession

12) le non abandon des mendiants

7. Les 20 entraînements complets de la septième terre

Ce sont l'abandon des vingt objets d'abandon : vingt compréhensions erronées

1) la saisie d'un soi

2) la saisie envers les êtres sensibles

3) la saisie de la vie

4) la saisie d'une personne

5) la saisie de l'extrême du nihilisme

6) la saisie de l'extrême de l'éternalisme

7) la saisie des signes

8) la saisie des causes

9) la saisie des agrégats

10) la saisie des éléments

11) la saisie des sources de perception

12) la saisie de l'existence des trois mondes

13) la saisie envers l'abandon des trois mondes

14) l'esprit de découragement

15) l'attachement envers le Bouddha

16) l'attachement envers le Dharma

17) l'attachement envers la Sangha

18) l'attachement envers la discipline éthique

19) l'objection envers la vacuité

20) la compréhension de la vacuité et du conventionnel comme contradictoires

Et le développement des vingt antidotes :

1) la connaissance de la vacuité

2) la connaissance de l'absence de signe

3) la connaissance de l'absence de souhait

4) la connaissance de la pureté des trois éléments (objet, sujet et action)

5) la grande compassion

6) l'absence d'orgueil

7) la connaissance de tous les phénomènes

8) la connaissance d'un seul véhicule ultime

9) la connaissance de l'absence de production ultimement

10) la connaissance de l'acceptation patiente et libre de peur de la vacuité

11) la démonstration de l'absence d'existence réelle de tous les phénomènes

12) la conquête de toutes les pensées conceptuelles de saisie d'une existence réelle

13) l'abandon de la perception de signes et des fausses vues

14) l'esprit de calme mental absolu demeurant concentré en un seul point sur l'omniscience

15) l'expertise dans la vision pénétrante pour les moyens habiles et la sagesse

16) l'esprit discipliné par la méditation sur la nature de la réalité

17) la sagesse primordiale percevant tous les phénomènes sans obstruction

18) la réalisation que tous les phénomènes ne possèdent pas de base d'existence réelle

19) la liberté de mouvement d'un champ de bouddha à un autre

20) la manifestation de toutes formes de corps, prouvant que le contrôle sur son propre corps a été atteint

8. Les 8 entraînements complets de la huitième terre

1) la connaissance de l'esprit de tous les êtres sensibles

2) la connaissance des endroits où résident les bouddhas

3) l'accomplissement de champs de bouddhas

4) faire plaisir aux bouddhas par la compréhension juste de la nature des phénomènes

5) la connaissance des différentes facultés et capacités des êtres sensibles

6) la purification du continuum mental des êtres sensibles qui résident dans les endroits où les champs de bouddhas seront établis

7) l'accomplissement des actes des bodhisattvas en demeurant dans la concentration en un seul point sur le fait qu'elles sont telles des illusions

8) la prise de renaissance délibérée pour travailler au bien des êtres sensibles

9. Les 12 entraînements complets de la neuvième terre

1) l'accomplissement de prières infinies

2) la connaissance des langages de tous les types d'êtres sensibles

3) la confiance inexhaustible telle une rivière d'enseigner le Dharma

4) la prise de renaissance uniquement dans la matrice de femmes honorables

5) la prise de renaissance dans une excellente famille

6) la prise de renaissance dans une excellente lignée

7) la prise de renaissance dans une excellente caste

8) la prise de renaissance avec un entourage excellent

9) une renaissance excellente

10) le renoncement à la vie mondaine

11) l'atteinte de l'éveil sous l'arbre de la bodhi (éveil)

12) l'achèvement complet de toutes les qualités

La pratique des bodhisattvas en 37 points

Par Gyelsè Thokmé Sangpo (1295-1369) 

Ayant obtenu cette précieuse vie humaine, vaisseau rarissime doté des libertés et richesses, afin de libérer les autres et nous même de l'océan du samsara, écouter, réfléchir et méditer jour et nuit sans interruption est une pratique des Bodhisattvas.Du côté de nos amis et de ceux que l'on aime, coule l'eau de l'attachement; du côté de nos ennemis brûle le feu de l'aversion. Dans l'obscurité de l'ignorance on perd la notion de ce qui doit être abandonné et de ce qui doit être pratiqué. De sorte qu'abandonner son pays et sa maison est une pratique des Bodhisattvas.Quand nous abandonnons les entourages néfastes, les émotions perturbatrices diminuent graduellement.  Sans distractions, notre pratique des vertus se développe automatiquement.  Avec la clarté de l'esprit, la certitude dans le Dharma augmente.  Demeurer en solitude est une pratique des Bodhisattvas.Un jour, les chers et vieux amis devront se séparer; les biens et les richesses obtenus avec tant d'efforts devront être laissés en arrière. La conscience, hôte du corps, quittera sa demeure.  Renoncer à tout attachement à cette vie est une pratique des Bodhisattvas.Si nous avons de mauvais compagnons, les trois poisons augmentent, notre réflexion et notre méditation se dégradent, l'amour et la compassion sont anéantis. Abandonner cette dangereuse compagnie est une pratique des Bodhisattvas.Lorsque nous nous en remettons à eux, nos fautes sont éliminées et les qualités augmentent comme la lune croissante.  Chérir ce parfait maître encore plus que son propre corps est une pratique des Bodhisattvas.Comment les dieux de ce monde pourraient-ils avoir la possibilité de nous libérer, étant eux-mêmes liés à la prison du samsara. Prenons plutôt refuge dans ce à quoi nous pouvons nous fier. Prendre refuge dans les Trois Joyaux qui ne peuvent nous trahir est une pratique des Bodhisattvas.Toutes les insupportables souffrances des mauvaises destinées sont, dit le Bouddha, être le fruit des actions négatives. Ainsi, ne jamais commettre d'actes mauvais, même au prix de sa vie, est une pratique des Bodhisattvas.Les plaisirs des trois mondes sont comme la rosée sur la pointe d'une herbe qui dure un instant et ensute disparaît. Aspirer à la libération suprême, qui est immuable, est une pratique des Bodhisattvas.Depuis des temps sans commencement, nos mères ont pris soin de nous avec tendresse. Pendant qu'elles souffrent, qu'aies-je à faire du bonheur ? Afin de libérer l'infinité des êtres, produire la bodhicitta est une pratique des Bodhisattvas.Toutes les souffrances, sans exception, viennent du désir du bonheur pour soi-même, alors que les parfaits Bouddhas sont nés du désir de rendre les autres heureux. C'est pourquoi échanger complètement son bonheur contre celui des autres est une pratique des Bodhisattvas.Si sous l'emprise d'un désir violent ou d'une cruelle nécessité, quelqu'un vole toutes nos possessions ou incite quelqu'un à les voler, être plein de compassion, lui dédier son corps, ses biens et ses vertus des trois temps, est une pratique des Bodhisattvas.Même si quelqu'un essaie de nous trancher la tête, alors que nous n'avons commis aucun tort, dans un désir sincère de compassion, prendre toutes les fautes de l'autre sur soi est une pratique des Bodhisattvas.Si certains me calomnient au point de remplir le monde entier de ces médisances, en retour, louer avec amour leurs vertus est une pratique des Bodhisattvas.Si en compagnie de plusieurs personnes, l'une médise à notre sujet ou révèle une faute que nous voulons cacher, la considérer comme un maître suprême et lui rendre hommage est une pratique des Bodhisattvas.Si quelqu'un que nous avons aidé et protégé comme notre propre enfant ne nous rend qu'ingratitude et aversion, le chérir comme une tendre mère envers son enfant affligé par la maladie est une pratique des Bodhisattvas.Si un être qui est votre égal ou un être qui vous est inférieur, de manière évidente vous méprise ou essaie par orgueil de vous abaisser, le respecter comme son maître, en le plaçant comme plus élevé que soi est une pratique des Bodhisattvas.Quand nous sommes abandonnés, accablés de maladies et de soucis, ne pas nous décourager, mais penser à prendre sur nous les mauvaises actions commises par les êtres et leurs souffrances est une pratique des Bodhisattvas.Quand on a une bonne réputation et le respect de tous, et la richesse de Vaishravana, voir que la richesse mondaine est sans substance et ne pas avoir l'orgueil de cette constatation est une pratique des Bodhisattvas.A moins que soit dominé l'ennemi de notre agressivité, plus nous combattons nos ennemis extérieurs, plus ils se multiplient.  Discipliner cet esprit avec l'armée de l'amour et de la compassion est une pratique des Bodhisattvas.Les plaisirs sensoriels sont comme de l'eau salée; plus on en use, plus notre soif augmente. Abandonner pour de bon les objets qui nourissent notre attachement est une pratique des Bodhisattvas.Tout ce qui apparaît est de la nature de l'esprit, et l'esprit lui même est depuis les temps infinis libre des deux extrêmes. Comprendre cette nature (Tathâtâ) et ne pas concevoir sujet et objet comme existant de façon inhérente est une pratique des Bodhisattvas.Quand nous rencontrons un objet attirant , bien que nous le voyions beau et réel, le voir vide comme un arc-en-ciel d'été et abandonner l'attachement envers lui est une pratique des Bodhisattvas.Les diverses souffrances sont comme celles de la mort d'un enfant en rêve. Tenir pour vérité ce qui n'est qu'apparence trompeuse est une inutile fatigue du corps et de l'esprit. Quand nous rencontrons des circonstances défavorables, les approcher en pensant qu'elles ne sont qu'illusion est une pratique des Bodhisattvas.Si celui qui désire l'éveil doit sacrifier son corps, sa précieuse vie humaine, est-il besoin de mentionner les objets extérieurs à abandonner ? C'est pourquoi, sans espérer une récompense ou un "fruit karmique", donner généreusement est une pratique des Bodhisattvas.Si, sans discipline éthique, nous ne pouvons pas atteindre nos propres desseins, vouloir combler les voeux des autres êtres est une pure plaisanterie. Garder les règles et les voeux, non pour un but temporel et samsarique mais pour aider tous les êtres vivants, est une pratique des Bodhisattvas.Pour un fils de bouddha qui désire la richesse de vertueux mérites, ceux qui lui causent du tort sont comme un précieux trésor.  Être parfaitement patient, sans irritation, ni ressentiment envers quiconque  est une pratique des Bodhisattvas.Même les pratyekas bouddha et les shrâvakas qui ne sont concernés que par leur propre libération, pratiquent avec effort comme s'il avaient la tête en feu. Pratiquer l'effort joyeux, source de toutes les qualités, pour le profit de tous les êtres, est une pratique des Bodhisattvas.Réalisant que les émotions perturbatrices sont éliminées par le calme mental et la vue pénétrante, cultiver la concentration qui surpasse les quatre types d'absorption du royaume sans-forme est une pratique des Bodhisattvas. Sans prajnâ (la sagesse), les cinq vertus précédentes ne peuvent être appelées paramita (excellentes, parfaites) et sont incapables de nous conduire à la bouddhéité. Avec les moyens habiles, cultiver la vue juste qui perçoit que celui qui agit, l'acte et celui pour lequel on agit, manquent totalement d'existence inhérente est une pratique des Bodhisattvas.Si nous n'examinons pas nos propres erreurs, nous pouvons avoir l'air d'un pratiquant sans l'être véritablement.  Toujours examiner nos erreurs et nos fautes pour s'en séparer complètement est une pratique des Bodhisattvas.Si nous mentionnons les fautes d'un autre boddhisatva sous l'influence de nos émotions négatives, nous en sommes diminué.  Ne pas mentionner les fautes qu'ont pu commettre ceux qui sont sur le chemin du Mahayana est une pratique des Bodhisattvas.Pour recevoir des offrandes et être entourés de respect, nous nous combattons les uns les autres avec un esprit de compétition au détriment de notre attention à l'étude, la réflexion et la méditation. Abandonner tout attachement envers les dons de ceux qui nous soutiennent, les amis et notre entourage est une pratique des Bodhisattvas.Les paroles dures agitent l'esprit des autres et cause la détérioration de la pratique d'un Bodhisattva. Abandonner les paroles dures qui blessent les autres est donc une pratique des Bodhisattvas.Les émotions perturbatrices récurantes sont difficiles à éliminer par les forces qui leur sont opposées.  Armé des antidotes, la pleine conscience et la vigilance, détruire les émotions perturbatrices dès le moment qu'elles se manifestent est une pratique des Bodhisattvas.En résumé, quoi que nous fassions dans n'importe quelle circonstance ou condition, demandez-vous : "Quel est l'état de mon esprit?"  Avec une constante pleine conscience et vigilance, accomplir le bien des autres est une pratique des Bodhisattvas.Dédier les mérites résultant de nos efforts à l'obtention de la bouddhéité, à l'illumination par la sagesse de la vue de la vacuité des trois sphères d'action, ceci pour anéantir les souffrances de l'infinité des êtres, est une pratique des Bodhisattvas.

Pour tous ceux voulant s'entraîner sur la voie des Bodhisattvas, j'ai écrit Les trente-sept pratiques des boddhisatvas, suivant ce qui a été énoncé par les Excellents sur le sens des soutras, des tantras et des commentaires. 

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